LA POSTE IMMOBILIER, TROPHÉE RSE 2026

Le trophée RSE a récompensé cette année un projet à impact duplicable à grande échelle mené par La Poste Immobilier : accueillir dans des locaux vacants pendant des durées transitoires un public en situation de précarité et des expositions culturelles temporaires selon des modalités dûment définies et en s’appuyant sur des associations expérimentées. Ce faisant, la filiale du groupe La Poste démontre qu’il est possible de faire des périodes de transition, structurelles dans l’immobilier, des leviers d’impact RSE particulièrement vertueux.

Comment est née votre démarche d’urbanisme transitoire ?

Camille Gehin. Notre parc immobilier géré compte un peu moins de 6 millions de m2, dont 3 millions en propriété répartis dans 2 000 immeubles. Comme tous les gestionnaires de patrimoine, nous devons de manière régulière rénover ou restructurer des actifs. Survient alors une difficulté à laquelle nous sommes tous confrontés, celle de porter des bâtiments vides pendant de longues périodes avec un coût de portage de cette vacance. Vacance qui peut en outre paraître choquante aux yeux du public.

C’est pourquoi nous cherchons à utiliser intelligemment le temps disponible entre le moment où nos immeubles patrimoniaux deviennent vacants et leur reconversion – et leur donner ainsi une utilité sociale immédiate. Une démarche qui a d’autant plus de sens aujourd’hui où le temps de transformation des actifs existants est de plus en plus long.

Pour ce faire, nous travaillons intimement avec les réseaux associatifs et les villes avec un double objectif à la fois sociétal – faciliter par exemple l’accueil de personnes sans abri – et culturel – l’accès à la création. Ainsi, nous donnons pleinement vie aux valeurs de proximité et d’accessibilité de La Poste : notre immobilier valorise l’existant, limite la vacance et crée de l’impact social, environnemental et territorial dès les premières phases d’un projet. Nous apportons un service aux territoires grâce à l’urbanisme transitoire.

Gilles Sochandamandon, Directeur régional Ile-de-France et Camille Géhin, Directrice générale de La Poste Immobilier

Pouvez-vous nous présenter le projet Rodier qui vous a valu de remporter le trophée ?

Il s’agit d’un ancien centre de tri, situé dans le 9e arrondissement de Paris, symbole de l’histoire de La Poste. Ce bâtiment remarquable de près de 9 000 m² a été bâti au début des années soixante-dix par l’architecte des Postes et Grand Prix de Rome, André Chatelin. Il accueillait aussi des logements pour les postiers.

Depuis 2024, il abrite dans les étages 250 personnes en hébergement d’urgence tout en accueillant au rez-de-chaussée des expositions éphémères consacrées à la photographie, à l’art urbain ainsi que la dernière exposition du pavillon de l’Arsenal « hors les murs » qui, ensemble, ont déjà vu passer… 25 000 visiteurs !

En parallèle, nous préparons avec le groupement de maîtrise d’œuvre mené par l’agence Chartier Dalix la reconversion de ce site afin de créer un ensemble mixte avec des logements, de la logistique urbaine et du coworking.

En menant un travail approfondi et exigeant sur ces deux volets, nous créons un pôle d’animation au sein du quartier, tout en préparant sa transformation future.

Quels sont les leviers pour mener à bien ce type de projets ?

Notre première expérience remonte à plus de dix ans, il s’agissait d’une exposition de Street art dans un immeuble patrimonial à Montparnasse. Puis à Magenta dans le 10e arrondissement, avant de reconvertir un édifice aux volumes hors normes, nous avons réalisé une incroyable exposition d’art urbain avec l’association Art Azoï : 43 artistes de renom ont métamorphosé les 2000 m2 industriels en galerie d’art en seulement un mois ! Aujourd’hui, nous comptons une vingtaine de sites en France où nous menons ces expériences enrichissantes, notamment à Toulouse et à Nantes avec d’autres usages et d’autres associations.

Chaque projet demande beaucoup d’énergie, mais une énergie positive : nous devons traiter des sujets complexes comme la compatibilité des bâtiments avec l’accueil du public, une durée suffisante d’occupation, ou les questions d’assurance.

Les associations sur lesquelles nous nous appuyons doivent aussi avoir les reins suffisamment solides pour investir et faire vivre le lieu. Elles ne paient pas de loyer mais acquittent les charges locatives.

Après avoir un peu tâtonné au départ, nous nous sommes structurés et avons mis en place une gouvernance et tout un écosystème avec l’appui de nos directions régionales. Quand nous menons ces actions utiles socialement, les collectivités et les associations nous sollicitent ensuite naturellement pour reproduire cette dynamique vertueuse, notamment quand plusieurs immeubles sont vacants sur un même territoire.