Depuis la crise sanitaire environ un tiers des salariés en France travaille à distance au moins
une fois par semaine. Les accords de télétravail négociés au plus fort de la crise Covid arrivent
à échéance. Leur renégociation est une opportunité pour ajuster le cadre et se poser la question
du lien entre télétravail, performance de l’entreprise et des actifs immobiliers.
Certains managers ont l’impression que le télétravail met à mal la performance de l’équipe mais les études sont rares voire inexistantes. A l’international, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) qui se targue de réunir 100 000 adhérents, semble avoir réalisé une enquête d’envergure. Elle indique avoir constaté que la moitié des répondants n’ont constaté aucun changement quant à la productivité des salariés, 9% l’ont même vue augmenter. Mais un tiers a observé une baisse de productivité.
S’il contribue à l’attractivité et à la rétention des talents, ce mode d’organisation interroge : les managers constatent la nécessité d’adapter le processus de traitement des dossiers et le CSE alerte sur le besoin de maintenir la cohésion d’équipe. « L’enjeu auquel nous devons répondre aujourd’hui est de conserver cette intelligence collective qui nous permet de trouver ensemble des solutions aux problèmes juridiques qui se posent dans les dossiers », détaille Céline Delahaye, DRH de l’Étude notariale Cheuvreux, dans le cadre d’un petit déjeuner débat organisé par l’ADI en février dernier. Au‐delà de la productivité, les répondants à l’étude de la FCEI estiment pour 36% d’entre eux que le télétravail rend les communications entre collaborateurs plus complexes et 53% des sondés considèrent qu’il y a une diminution de la cohésion de l’équipe.
Aller au‐delà de la performance économique
Dans ce contexte, le premier réflexe d’un manager est d’inciter voire contraindre au retour sur le lien de travail. Mais désormais, les participantes à la table ronde sont unanimes : nous sommes dans un conflit de valeurs, comme pour les 35h. « Comme il y a des réponses à la question du télétravail, aujourd’hui analyser la performance d’une entreprise implique de ne pas se borner au prisme économique uniquement. Il faut aller au‐delà des indicateurs classiques : nombre de dossiers, respect des délais, des budgets. Une entreprise doit analyser sa performance au regard de sa capacité à développer le plein potentiel des collaborateurs, à les retenir, à attirer les meilleurs talents. Les entreprises doivent porter un regard holistique sur le sujet », détaille Lise Level, Directrice Workplace Strategy et Change Management de JLL.
Concilier retour au bureau, efficacité surfacique et performance
Mais comment trouver un bon équilibre entre retour au bureau, efficacité surfacique et performance de l’entreprise ? « Nous avons constaté que les 15 directions immobilières qui ont pris part à l’étude réalisée par la commission tertiaire de l’ADI ont globalement, les mêmes attentes mais que le marché n’y répond pas toujours » détaille Sabine Brunel, co‐présidente de la commission tertiaire de l’ADI et directeur de l’immobilier d’Axa France. La commission tertiaire a d’ailleurs publié un ouvrage sur ce sujet. « Depuis le Covid le cahier des charges a évolué. Désormais le bureau est le lieu de la collaboration, ce qui nécessite plus d’espaces collaboratifs et remet en cause les prestations techniques proposées traditionnellement sur un immeuble. Les espaces sont mutualisés et donc plus utilisés. Une démarche processée de l’entretien des espaces de travail doit être mise en place pour assurer que le poste choisi par le collaborateur soit en état de fonctionnement », ajoute‐t‐elle.
« Avant cette demande de services, le premier critère est la localisation et l’environnement de l’immeuble. Faire revenir les collaborateurs implique un bureau accessible et un lieu agréable connecté à la ville, constate Audrey Camus, directrice générale de la foncière Icade. Le service numéro un est la restauration mais au‐delà, nos locataires nous sollicitent pour des services comme des cours de sport, une conciergerie, une crèche. »
Prendre en compte le terrain sur lequel les batailles vont se mener
Les lieux ne sont pas neutres : ils traduisent l’identité de l’entreprise. Ils laissent percevoir le management, les valeurs de l’entreprise et la considération portée aux collaborateurs. « Inciter les collaborateurs à revenir travailler en présentiel implique de créer des communautés d’intérêts. Dans un monde de plus en plus digitalisé, le partage de la raison d’être de l’entreprise ainsi que ses valeurs sont à expérimenter sur le terrain. Par essence les humains ont besoin de se regrouper », considère Stéphanie Gelbart, coach de dirigeants et Experte fengshui de l’entreprise Chema. D’autant plus que le turn over et la pyramide des âges laissent penser que sans ces rapports humains, les entreprises risquent de perdre une partie de leurs savoirs immatériels. »
Lors du débat du 5 février, sont intervenues : Sabine Brunel, directrice de l’immobilier d’Axa, co‐présidente de la commission tertiaire, Audrey Camus, directrice générale de la foncière d’Icade, Céline Delahaye, DRH de l’étude Cheuvreux, Stephanie Gelbar, coach de dirigeants et Experte feng shui de Chema et Lise Level, directrice Workplace strategy et change management de JLL.