Bureaux et GenZ : quand l’effet « waouh » ne suffit plus

9 Jan 2026 | Métier/Fonction immobilière

Souvent invoquée pour justifier de nouveaux aménagements au sein du bureau, la GenZ agit surtout comme un révélateur : celui du décalage entre les promesses portées par les entreprises et leurs bureaux par rapport à l’expérience réelle du travail. Au SIMI, l’ADI a réuni chercheurs et praticiens pour confronter idées reçues, choix d’aménagement et réalités opérationnelles.

Et si nous nous trompions sur la GenZ ? A force d’en faire des salariés à part, de projeter sur eux des attentes spécifiques, « on risque surtout de creuser des fossés entre les générations, alors que l’enjeu est de les faire travailler ensemble dans l’entreprise », alerte Suzy Canivenc, enseignante-chercheure en Communication et Management. Car contrairement à ce que l’on pourrait croire, la GenZ a envers le bureau des attentes relativement similaires à celles des autres salariés : qualité de vie au travail, équilibre entre vie professionnelle et personnelle, perspectives d’apprentissage et de reconnaissance figurent en tête de classement, « bien avant des marqueurs générationnels souvent surinterprétés. »

Dans ce contexte, l’immobilier peut donc constituer un levier d’attractivité, à condition de l’envisager dans sa conception la plus large. « Déjà, avant le bureau en lui-même, la localisation reste fondamentale, avec ses enjeux d’accessibilité, de fluidité des parcours et d’aménités disponibles dans le quartier », précise Nicolas Cochard, directeur de la recherche de Kardham. Ce qui ne l’empêche pas d’insister sur l’hétérogénéité des jeunes regroupés sous l’appellation de GenZ. « Attention à l’élitisme sur ce sujet : beaucoup d’entre eux n’ont pas la possibilité de choisir leur emploi en fonction de l’adresse ou du design des bureaux. »

En clair, si de beaux bureaux peuvent contribuer à l’attractivité, il ne faudrait pas pour autant survendre cet effet. Il n’existe pas de concept spatial propre à une génération, abondent les deux experts. En revanche, l’espace envoie des signaux, qu’il appartient à l’entreprise et au management de rendre crédibles.

Le bureau pour traduire un projet d’entreprise

Cet impératif de cohérence a structuré les réflexions de LCL, quand il a fallu repenser les bureaux, notamment au sein du siège. « On peut faire les meilleurs bureaux du monde, si la culture d’entreprise et la marque employeur ne suivent pas, cela ne fonctionne pas », insiste Julie Chevalier, Directrice Stratégie et Transformation Immobilier chez LCL – Le crédit Lyonnais. Les lignes structurantes du projet reposent ainsi sur les flux de personnes, la création d’espaces visibles et animés et une diversité de typologies d’espaces. « Ce que nous disent les jeunes, ce n’est pas qu’ils veulent du baby-foot, mais plutôt être sûrs, quand ils viennent, d’avoir un espace adapté à ce qu’ils ont à faire ». A l’entreprise, ensuite, de s’assurer que la promesse offerte par le lieu ne soit pas déceptive.

Stéphanie Vondière, directrice de l’immobilier et des moyens généraux de l’ESSCA, tire des enseignements similaires auprès des jeunes étudiants. « Nous pensons nos nouveaux campus comme des lieux de vie complets, proposant ce que les logements étudiants ne permettent pas : travail collectif, restauration, sport, espaces culturels. » Une diversité d’espaces et d’usages, comme en entreprise. Sans oublier, toujours comme en entreprise, l’importance de créer une identité commune entre les sites. « Nous avons construit une charte d’aménagement pour que chaque campus donne le même sentiment d’appartenance », explique Stéphanie Vondière, sans pour autant nier certaines difficultés. 

L’importance de tenir ses promesses

Finalement, plus que les choix d’organisation de l’espace, c’est bien la cohérence entre le discours et le vécu qui va compter aux yeux de la GenZ. « Le risque de déception est très fort quand l’espace promet quelque chose que le management ou l’organisation ne tient pas », appuie Nicolas Cochard. Il insiste sur l’importance de satisfaire les besoins individuels des jeunes, qui viennent au bureau pour apprendre, échanger et progresser dans leur carrière. Gare aux discours qui se contenteraient de vanter un retour en présentiel pour la seule création de lien social. « Le présentiel n’est d’ailleurs pas la garantie d’un tel lien qui, en réalité, repose d’abord sur des objectifs communs, des habitudes de travail compatibles et des échanges de qualité », complète Suzy Canivenc. C’est donc la proposition de valeur réelle de l’entreprise que les bureaux doivent refléter, sous peine d’alimenter une déception silencieuse – chez les jeunes comme chez les autres collaborateurs.  

Visionnez le replay de la conférence 

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